Edito 11
L'ÉDITO DE PYC
À la demande de mes amis de Légion’arts, j’ouvre aujourd’hui une nouvelle rubrique, « l’édito de PYC ».
Dans cet espace, je prendrai la plume pour évoquer les sujets du moment sur la Légion, l’histoire, la géopolitique, et bien d’autres thèmes qui façonnent notre époque.
Certains pourront être sensibles, parfois même dérangeants. Mais ils seront toujours abordés avec une exigence essentielle, celle des faits.
Je les assumerai pleinement, car écrire, c’est aussi accepter la responsabilité de ses mots.
Légion’arts n’endosse pas les opinions qui seront exprimées ici. Mais le site défend un principe essentiel : le droit de chacun à formuler les siennes.
Et c’est précisément là que réside sa force.
Louis Perez y Cid
« La Légion ne demande pas d’où tu viens, mais seulement si tu es prêt à servir. »
Le 10 Mars 1831
La création de la Légion Étrangère
Le 10 mars 1831, par ordonnance royale, le roi Louis-Philippe crée officiellement la Légion étrangère.
L’emploi de soldats étrangers n’est pas une nouveauté dans l’histoire militaire française. Depuis l’Ancien Régime, la France a souvent fait appel à des troupes venues d’ailleurs, Suisses, Allemands, Irlandais ou Polonais ont longtemps servi sous ses drapeaux.
Ces unités conservaient toutefois leurs propres cadres, leurs traditions, leurs uniformes et parfois même leurs règlements nationaux.
La création de la Légion étrangère marque une évolution profonde. Les volontaires étrangers qui s’y engagent abandonnent désormais toute identité militaire nationale pour adopter celles de l’armée française. Organisation, discipline, traditions, tout les rattache désormais à l’infanterie française.
Ainsi apparaît une figure nouvelle : le légionnaire.
Il n’est ni un mercenaire au sens classique du terme, ni un soldat appartenant à une unité étrangère autonome. Il devient un soldat à part entière, engagé au service de la France.
Cette décision s’inscrit dans un contexte historique précis. Après la prise de Alger en 1830, sous le règne de Charles X, la France s’engage dans une présence durable en Afrique du Nord. La nouvelle monarchie doit à la fois consolider cette conquête et canaliser l’afflux de volontaires étrangers présents sur le territoire.
Dès le mois d’août 1831, la Légion est envoyée rejoindre le Corps d’occupation d’Afrique. Organisée à ses débuts en bataillons de nationalités, elle commence alors à forger ses premières traditions dans les campagnes d’Algérie.
C’est là que débute l’histoire singulière d’une troupe appelée à devenir l’une des plus célèbres formations militaires du monde.
Depuis ses origines, la Légion étrangère est une véritable tour de Babel, rassemblant des hommes venus de tous les continents. Leur diversité d’origine s’efface derrière une identité commune forgée par la discipline, l’épreuve et la fraternité d’armes.
Au fil du temps, la Légion s’illustre sur de nombreux théâtres d’opérations et inscrit dans l’histoire militaire française des pages devenues légendaires.
Le combat de Camerone, en 1863 au Mexique, demeure l’exemple le plus célèbre de cet esprit de sacrifice et de fidélité à la mission qui constitue l’un des fondements de la tradition légionnaire.
Plus tard, les légionnaires participent aux grandes épreuves du XXᵉ siècle. Ils combattent avec courage lors de la Première Guerre mondiale, puis se distinguent encore durant la Seconde Guerre mondiale, notamment au sein de la 13e Demi-Brigade de Légion étrangère lors de la bataille de Bir Hakeim en 1942.
Après la guerre, la Légion poursuit son engagement en Extrême-Orient pendant la Guerre d'Indochine, notamment Dien Bien Phu, puis en Afrique et sur d’autres théâtres d’opérations. Plus récemment encore, l’intervention à Kolwezi en 1978 a rappelé la capacité de la Légion à intervenir avec rapidité et efficacité. Encore plus proche l'Afganisthan et le Sahel.
Ces faits d’armes ont largement contribué à bâtir la réputation de corps d’élite dont jouit aujourd’hui la Légion étrangère.
Mais au-delà de l’histoire militaire, la Légion occupe une place particulière dans l’imaginaire collectif. Peu d’unités ont suscité autant de fascination. Mystère des origines, anonymat possible, engagements lointains, fraternité forgée dans l’épreuve, tout concourt à nourrir un mythe puissant, où se mêlent romantisme, aventure et légende.
Le non-initié éprouve parfois des difficultés à distinguer la légende de la réalité.
Car la réalité du légionnaire est plus simple et plus exigeante. Nous savons, nous anciens légionnaires, que rien n’est jamais définitivement acquis. La cohésion d’un corps ne repose ni sur la légende ni sur la réputation, mais sur l’effort quotidien de chacun.
Il faut aussi se souvenir que l’histoire de la Légion n’est pas faite uniquement de gloire. Elle a connu, comme toute institution militaire, des périodes difficiles, sous-encadrement, manque d’équipement, abandon, défaite ou démoralisation.
À plusieurs reprises, au gré des changements de régime ou des grandes restructurations de l’État, son existence même a été remise en question.
Et pourtant, génération après génération, la Légion a toujours su se relever.
Parce que sa véritable force ne réside ni dans le mythe ni dans la légende, mais dans les hommes qui la servent, dans l’esprit qui les unit, dans la fidélité à des traditions forgées par près de deux siècles d’histoire et surtout à son entrainement rigoureux.
La Légion n’appartient pas seulement à son passé.
Elle vit par ceux qui la servent aujourd’hui et par ceux qui, hier, ont porté ses couleurs.
More majorum.