Le général Rollet. 2/2
Par Christian Morisot
L’entraide légionnaire
L’entraide légionnaire était devenue pour le Général une priorité. Il fallait défendre et appliquer l’idée que le « libéré » puisse trouver du travail, élément indispensable à sa bonne intégration dans un milieu civil sans concession du fait même que celui-ci connaissait une crise économique sans précédent.
Cependant, cette œuvre d’entraide s’avéra d’emblée plus complexe à organiser que prévu et la première des difficultés et non des moindres, était de réunir les fonds nécessaires sans lesquels aucune action sociale n’est possible.
Le capitaine ROLLIN, concluant une seconde étude estimait que l’action sociale ne pouvait perdurer que si : elle devenait une mission prioritaire et surtout, qu’elle devait être totalement indépendante des amicales et sociétés d’anciens légionnaires qui n’arrivaient pas à se fédérer, se concurrençaient maladroitement et surtout n’arrivaient pas à s’organiser.
Fort de ce constat, le fil conducteur qui guida le Général se concrétisa par les actions suivantes :
• Procurer un travail avec contrat d’embauche ;
• Orienter ceux qui ne veulent pas se fixer en région marseillaise ;
• Maintenir le contact avec tous les anciens légionnaires ;
• Offrir un refuge aux retraités et réformés ;
• Créer des points d’accueil pour les formalités administratives à Marseille et à Paris ;
• Etudier les modifications à apporter aux lois et règlements en vigueur ;
• Solliciter les offres d’emploi et les centraliser ;
• Intervenir et garder en permanence le contact avec le ministère du travail ;
• Se procurer les ressources de fonctionnement de ce volet social, les répartir entre les centres d’hébergement ;
• Contrôler l’emploi des fonds pour chacun de ces centres ;
C’était pour le « Père des légionnaires » un autre et nouveau combat ; celui, cette fois-ci, contre l’égoïsme et l’indifférence.
Le rayonnement du général ROLLET a fait énormément pour stimuler et sacraliser les liens entre la Légion d’active et celle des anciens.
En conclusion, que pouvons-nous retenir du « rôle social » du général Rollet ou quelles ont été les actions menées sous son influence ?
Son action se concrétisée autour de :
• L’abolition du « maquis » des formalités administratives,
• La mise à jour des livrets individuels,
• Les rappels de soldes et de primes,
• L’établissement des pensions de retraite ou de réforme qui étaient des plus négligés et en particulier pour les réformes d’affections pour lesquelles la présomption d’origine ne pouvait être établie,
• Le pécule de libération,
• L’habillement des libérés en vêtements civils corrects et décents, autres que le costume dit « Clémenceau » sans col.
• Les conditions de transport différents de ceux qui consistaient à partager les fonds de cale avec les bestiaux…
• Les attributions de titre de transport et titres liés aux frais de voyage,
• La facilitée résider en France pour les anciens de nationalité étrangère avec la possibilité, certificat de bonne conduite obtenu, de se faire attribuer une carte de séjour,
• Les aides financières aux centres à travers de nombreuses sources comme à titre d’exemple la loterie nationale, zone d’influence des « Gueules cassées »,
• Et enfin un soutien permanent aux mobilisés par l’intermédiaire des amicales et des sociétés d’anciens légionnaires.
Dès 1939, ses ennuis de santé deviennent plus fréquents, plus graves, et plus préoccupants ce qui oblige le Général à réduire considérablement ses activités mais ne l’empêche pas de continuer à s’intéresser de près au bureau d’accueil des anciens légionnaires, des Invalides, d’assurer les présidences des « Amis de la Légion » ainsi que celle des « Gueules cassées ».
Le 15 avril 1941, le général ROLLET s’entretien encore avec quelques intimes des problèmes du moment, sans avoir perdu confiance en lui.
Le 16 au petit matin, il rend le dernier soupir, sans s’être vu mourir.
En supplément permettez-moi de vous présenter un petit texte du maréchal LYAUTEY qui pourrait parfaitement être d’actualité :
« Ce n’est plus un mystère que chez nous l’éducation du citoyen reste à faire. La démocratie l’appelle et l’exige.
A défaut, la liberté dégénère en licence, l’ordre public est troublé, l’autorité bafouée.
Aucune construction politique, aucune doctrine économique, aucun régime social, même le plus généreux, ne vaudront si le citoyen fait un usage insensé de la parcelle de souveraineté dont il dispose.
L’intérêt national n’a que trop souffert de ce manque d’éducation.
Il est grand temps d’y songer si l’on veut empêcher le pays de rouler aux abîmes. »
C’est écrit en 1891.
FIN