Hommage à un ami
Par Antoine Marquet
J’ai lu le billet que Ch. Morisot vient d’écrire concernant la création du cimetière légionnaire d’Auriol, dernier bivouac des Anciens, pensionnaires de la Maison du légionnaire.
Je comprends que ce jour-là, il n'a pas seulement ouvert un caveau ; il a ouvert la conscience des personnes présentes, à une évidence : ceux qui avaient tant donné méritaient un dernier repos à la hauteur de leur engagement.
Il est des récompenses qui ne s'inscrivent sur aucun diplôme et ne se portent sur aucune poitrine.
Pendant quatorze années, mon ami Christian Morisot a consacré son temps, son énergie et son cœur aux pensionnaires de la Maison du Légionnaire d'Auriol. Il n'attendait ni éloges ni reconnaissance ; il accomplissait simplement son devoir avec cette discrétion qui caractérise les hommes de valeur.
Lors des cérémonies du 90ᵉ anniversaire de la Maison, il fut invité à revenir parmi ceux qu'il avait accompagnés. Lorsque les anciens légionnaires l'ont aperçu, beaucoup n'ont pu retenir leurs larmes. En un instant, les années avaient disparu. Ils ne voyaient plus un ancien directeur ; ils retrouvaient celui qui les avait écoutés, respectés et accompagnés avec une profonde humanité.
Ce jour-là, les discours comptaient peu. Les émotions parlaient d'elles-mêmes. Ces larmes étaient la plus belle des décorations, la plus haute des distinctions. Elles disaient simplement qu'un homme avait laissé une empreinte dans le cœur de ceux qu'il avait servis.
Avec le recul, je mesure combien son exemple m'a marqué. Certains bâtissent des monuments de pierre, comme moi il admire les bâtisseurs de cathédrales ; d'autres bâtissent des souvenirs et des fidélités qui ne s'effacent jamais. Mon vieil ami appartient à cette seconde catégorie. Et c'est sans doute la plus belle.
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